LA LETTRE ET L'ESPRIT
Le Tai-chi a toujours été à mon sens et reste plus que jamais un prétexte plutôt qu'une
fin en soi. Nous l'utilisons en tant qu'outil, pour aller plus loin sur le chemin et
transmettre un enseignement qui indique une direction et peut ainsi nous amener "à bon
port".
Certes la technique (la forme) est importante et on lui accorde la plupart du temps la
part du roi, ce qui est légitime puisque une partie du travail passe par la nécessité de
cultiver la conscience corporelle.
A travers le Tai-chi et les Qi gong se développe et se structure notre champ d'énergie.
La chose se développant sans cesse, nous nous acheminons inévitablement vers des niveaux
de plus en plus subtils qui sont aussi de plus en plus profonds et implique certaines
remises en cause. Le travail consiste à comprendre alors ce qu'on fait et à savoir ou
on va… Et bien sûr de s'y rendre...
...Et la forme de rejoindre le fond!
Mais, disons-le encore ici: "Nous ne sommes pas ce que nous pensons être". La chose la
plus importante au monde nous échappe généralement et cette chose passe bien sûr avant
tout par l'humain et par tous ses niveaux: physique, énergétique, psychique, mental et
spirituel.
La vocation spécifique de l'école Artao est de proposer de s'aventurer sur ce chemin;
c'est dans cette mouvance que s'inscrit son enseignement et c'est pour cela aussi que la
forme de Cheng Man Ching, pétrie de ce même esprit, est d'un apport incontestable. Ce qui
est proposé à travers notre pratique, c'est donc aussi une sorte de charte, tacite, non
signée, sinon avec nos énergies mises en commun, charte lisible sur chair humaine,
notamment lors de nos rencontres et stages.
Il est de peu d'intérêt de transmettre la technique (la lettre) sans l'esprit, sinon pour
développer le paraître d'une technique "impeccable". C'est pourquoi une part importante
est consacrée aux méditations (apprendre à cultiver la paix du dedans), venant également
équilibrer la pratique martiale du guerrier ou de la guerrière. Si la vie est parfois un
combat, la paix en est à l'origine. Établi dans la tranquillité, (la paix qui demeure)
le "guerrier ou la guerrière pacifique" sait combattre sur fond de quiétude.
La race humaine traverse actuellement une de ses plus grandes crises existentielles (un
appel sans doute à la mutation). L'homme a oublié qui il est. Perdant ses origines, il se
sent obligé de se sécuriser en tirant sans cesse à lui une illusoire couverture. La seule
chose qui puisse pourtant préserver l'espèce humaine de sa folle autodestruction c'est la
découverte de son essence et la sagesse qui peut en découler. Annihiler les forces de
pouvoir, de domination et d'aliénation nous ramène au travail individuel et cela ne peut
se faire que par le discernement, la prise de conscience de ce qui en nous a peur,
s'inquiète, cherche sa sécurité, craint la mort, a besoin d'être flatté, reconnu, et
"n'en a finalement jamais assez". Cette entité égotique développe, bien évidemment, une
foule de stratagèmes pour entretenir ses croyances, revendique en toute légitimité sa
propre limite et brouille les pistes.
Lorsque les bases du travail de prise de conscience sont posées, il faut alors resituer
l'énergie, la diriger, la réorienter vers "le meilleur de soi", vers cette chose
innommable qui est "plus nous-même que nous-même". Comme le Yoga (le joug) qui fait du
deux un, le Tai-chi fait, des polarités en mouvement, une unité qui la dépasse…
Infiniment! Le Tai-chi c'est le Tao.
Il faut combattre pour retrouver la paix du dedans, tout mettre en œuvre pour relever ce
défi humain, développer la qualité de notre écoute, nous acheminer vers des sensations de
plus en plus subtiles, accueillir plus vaste, apprendre à regarder différemment pour
"voir mieux".
Et puis… "Advienne que pourra".
Le plus important c'est donc l'esprit qui peut continuer à se développer et perdurer au
sein de notre pratique, l'animer et l'éclairer du dedans.
Michel
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